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Or donc, en ce mois de Mars 2011, au Casino de Bordeaux, le Théâtre Job a fêté son 40ème anniversaire.

Il est bien évident que l'événement fut célébré comme il se doit..

 

tout d'abord comme une  exception..

Fut créé en la circonstance un spectacle  kaléidoscope "Les 40èmes rugissants" qui a réuni sur scène toutes celles et tous ceux qui ont "fait" le théâtre Bob : soit une cinquantaine d'interprètes (certains venus de fort loin pour l'occasion)  pour deux soirées magiques (elles resteront uniques) à qui le public (on refusa du monde) fit un triomphe..

 

mais aussi comme une mise en quarantaine pour le moins extravgante.

Dans ce spectacle, conçu comme un patchwork de toutes nos créations passées, nous avons mis en scène tous ces petits riens qui font la grandeur, mais aussi les abysses du théâtre. Nous y avons parlé donc de nous, de nos quarante ans d'errance scénique, de nos petites misères, de nos grandes joies, de nos coups de gueule, de nos silences, de nos rencontres..

Et si,  jouer le rôle de sa vie, même entre gens de bonne compagnie, ne serait ce que l'espace de deux soirées, et penser que son vécu, tout aussi picaresque soit-il,  puisse intéresser le public, pouvait relever d'une incommensurable prétention de notre part.. force nous est de constater que le "jeu" en valait les chandelles !

Il est vrai que 40 ans à lutter contre vents et marées culturelles, 40 ans de survie intermittente.. ce n'est tout de même pas rien !

 

mais aussi comme un miracle permanent..

Avouons qu'il est très rare de voir une compagnie de Théâtre, sise en province,  survivre jusqu'à un âge aussi avancé.

 

mais aussi comme une anomalie génétique..

La compagnie, quoique aidée -modérément- par certaines institutions, fut superbement ignorée  par son ministère de tutelle pour cause d'incompatibilité culturelle / à noter toutefois que cette carence n'a en rien influé sur la vie de la compagnie si ce n'est bien évidemment sur la qualité de suspension de leur véhicule de transport.

 

mais aussi comme un anachronisme

La compagnie a plus de 7O créations à son actif dont plus de 6O (Georges Berdot, père spirituel de la compagnie -mais pas toujours s'en défend t'il- en est l'auteur) sont des créations originales / A noter que certaines de ces créations, reprises à ce jour par d'autres troupes, comptent parmi les pièces les plus jouées du répertoire.

 

mais aussi comme une particularité spatio-temporelle

La "compagnie" fonctionne vraiment comme une "compagnie" : à savoir comme un collectif de gens de bonne compagnie  (de 6 à 10 personnes) vivant ensemble une aventure théâtrale en dehors de toute contrainte liée à l'animation ou à la gestion d'un lieu (c'est la un "travail" qui n'est pas de notre ressort et que certains font d'ailleurs très bien) ou à la bonne tenue d'un genre théâtral.

Précisons par ailleurs que nous ne sommes en rien des censeurs, des donneurs de leçons, des gens qui affirment haut et fort être dans le vrai, des bailleurs de  bonnes notes, des  comparateurs de forme et de style.. Disons toute simplement que nous aimons le théâtre et ceux qui en font et qu'il nous plait de considérer l'humour comme l'une des armes les plus efficaces contre les heurs et malheurs de notre petit monde..

 

mais aussi comme une excentricité

La compagnie regroupée autour d'un auteur met à contribution celui ci pour écrire ou mettre en scène des spectacles, lesquels sont ensuite  tournés au gré des humeurs culturelles du moment (en vérité, -et ne voyez là aucune prétention de notre part- nous ne sommes rien d'autre que des saltimbanques, des montreurs de mots et d'images comme l'étaient à leur époque les  troupes de Molière et de Shakespeare) et en tant que tels nous défendons une certaine fonction du théâtre..

 

mais aussi comme une bizarrerie multidimensionnelle

La troupe peut créer dans la même année un classique (Le Bourgeois gentilhomme de Molière), un spectacle dénonçant les méfaits du stress (Stress en Pièces), et un spectacle pour jeune public (Petit à Petit).

La "chose" peut paraitre surprenante, mais elle fait du théâtre (les "terrains de jeu y sont multiples) une véritable aventure humaine

Laurent Terzieff  déclarait : le théâtre n'est pas ceci ou cela, mais ceci et cela !

 

mais aussi comme un paradoxe

Lorsqu'on regarde tous les comédiens et comédiennes  qui firent un bout de chemin (certains même leurs premiers pas) avec le Théâtre Job, force est de constater qu'ils sont toujours dans la profession et qu'ils comptent parmi ceux qui comptent..

 

mais aussi comme une question sans réponse

En vérité, et ce en toute humilité, nous ne savons pas pourquoi nous sommes encore là !

Nous sommes toujours resté en dehors de tout circuit commercial, nous n'avons jamais appartenu à une quelconque coterie, nous n'avons jamais frappé à aucune porte, nous n'avons jamais été à tu ou à toi avec une quelconque sommité culturelle, nous n'avons jamais essayé de mettre à profit l'amitié que certains pouvaient nous porter !

En vérité, nous nous sommes contenté de créer, de nous efforcer de "faire" des spectacles qui puissent  divertir sans pour cela abêtir,  ou qui puissent dénoncer sans pour cela bêtifier !

"Certains" (les théologiens de la culture) n'ont pas aimé notre façon de faire, mais nous en avons tellement fait qu'on peut aisément leur pardonner,

d'autres -pas très nombreux- (les art-ificiers de la culture eugéniste, les "religieux" de la culture) ont souhaité nous voir disparaitre, mais nous avons tenu bon et continué à jouer le jeu !

Reconnaissons toutefois que nous nous sommes parfois trompés (l'addition "humour + imagination" n'est jamais facile à régler).. Mais force est de constater que le public a suivi, se pressant de plus en plus nombreux à nos spectacles,

Et en vérité, et ce en toute humilité, la "chose" nous fait bougrement plaisir ! .. A preuve nous préparons d'ores et déjà notre quatre-vingtième anniversaire !